31-05-07
Rencontres...

Matin du deuxième jour de trek, on n’est pas partis depuis une trentaine de minutes et j’ai déjà envie de crever (c’était pas loin d’être le cas). On fait une pause, pour boire un coup. Délaissant ces considérations bassement terre-à-terre, j’essaye de répondre à deux questions qui me taraudent alors :
-    Comment on fait, déjà, pour respirer, en temps normal ?
-    Comment j’ai pu avoir cette idée de con, de payer pour faire du sport et cracher mes poumons au milieu des lamas pendant mes vacances ?

C’est le moment que choisit le destin, ce gros encu… cet éternel farceur, pour m’enfoncer encore un peu plus, avec l’arrivée d’un troupeau de mouton, qui fait irruption à l’horizon, interrompant net mes digressions.
Les dits (de Nantes, ou Chatterley, comme vous préférez) animaux partaient gaiement à l’assaut des cimes (et par là, je ne veux pas parler d’un humoriste qui a l’air d’être vieux depuis qu’il est né) afin de se sustenter de quelque altier bouquet herbacé (que c’est laid, mon Dieu, que c’est laid).

Bref, nous errons, errons. A petits pas, tapons de nos grosses chaussures de marche sur la poussière rouge d’un anonyme sentier andin, quand arrive ce troupeau, gardé par une bergère, et ron et ron, petit patapon (merci de laisser vos insultes en commentaire).
Elle marchait plus vite que nous (moi).  J’ai bien vu qu’elle le faisait exprès, rien que pour me foutre la honte devant mon frère et les autres membres du groupe. Une Indienne ! que dis-je : une indienne-sans-majuscule-faut-pas-abuser-quand-même… Non : une indigène ! Encore un peu et elle me regardait dans les yeux, cette autochtone ! Moi, un touriste…Blanc, de surcroît. Pas breton, mais le cœur y est. Le tiers monde n’est plus ce qu’il était, moi je vous le dit.

Christophe la rejoint et entame la conversation. Il revient choqué. Pour aider sa famille, cette petite fille gardait les moutons quand elle n’avait pas école. Elle avait 15 ans. Et là, on a bloqué à notre tour, parce qu’on lui en aurait plutôt donné la moitié. Il a murmuré : « ma fille a son âge, elle est deux fois plus grande ». Et notre guide, Jimy, a confirmé que la petite taille des Indiens était en partie due à la malnutrition.
Ces moutons, qui passaient devant nous seraient un jour tués et découpés. Les plus beaux morceaux seraient vendus sur le marché et la famille de cette petite bergère se contenterait des restes avec un peu de chance. La viande est un produit de luxe, dans cette région du monde aussi. Tout comme le lait.
Elle est retournée à ses moutons et nous à nos appareils photos.

Mais cette petite fille m’en a rappelé une autre. Plus jeune encore, près de l’aéroport international de Lima. Debout sur un gros rond-point pelé, elle faisait la manche auprès de rares automobilistes. Il devait être minuit passé. Elle m’avait bien calmé, elle aussi. Le taxi bus avait même pas 100 mètres (et donc évité 12 accidents potentiels), on n’avait pas atterri depuis une heure, lorsque j’ai croisé son regard au loin.

A se demander ce que fait la police. Tous ces pauvres en liberté, y’a rien de tel pour filer des remords et faire fuir le brave vacancier. On devrait les parquer dans des bidonvilles, les autochtones. Y’en a de très biens, en périphérie de Lima, par exemple. On les aperçoit en se rendant au célèbre Musée de l’Or. Même s’ils ne sont pas aussi bien indiqués ni mentionnés dans les guides que le musée.

Bref, y’a plus funky, comme première impression. C’est sûr qu’il y a des trucs plus tristes à voir dans le monde, mais putain, son regard, après deux ans, je ne l’ai pas oublié.

C’est comme ce chauffeur de taxi à Lima. On avait scindé notre groupe en deux pour traverser la ville. La première équipe était partie en Lada, et nous en Mercedes (escusez-moi du peu).
Parce qu’en fait, y’a trois options, quand on prend un taxi au Pérou : Lada, Mercedes ou Ford Mustang, toutes plus vieilles les unes que les autres (30 ans d’âge en moyenne). Un peu comme les coccinelles à Mexico.

On avait négocié le prix avant de monter dans la voiture, comme ça se fait, dans ce pays : tu annonces ta destination, le gars te dit combien il veut, tu négocies un peu et si le prix te convient tu montes.
Après, on s’est mis à croire en Dieu pour pouvoir prier.

C’est sportif, le taxi, au Pérou. Et c’est une façon beaucoup plus sympa que d’aller à l’hôpital pour savoir si on souffre de problèmes cardiaques. Pour un chauffeur, le code de la route, c’est un peu l’équivalent des didascalies pour un comédien. C’est juste une indication, mais ça ne l’empêche pas de jouer la tirade des nez avec l’accent Belge et à cloche pied s’il trouve ça plus impactant.

Malgré quelques stops pas forcément marqués, une paire de lignes blanches allègrement coupées, une panne sèche, nous sommes finalement arrivés au Musée National d’Anthropologie et d’Archéologie de Lima. A la fin de la visite, notre chauffeur nous attendait pour nous ramener. En attendant une partie du groupe qui traînait un peu, nous avons commencé à discuter avec lui.

Et là encore, on a pris une claque. Il n’avait pas toujours été chauffeur de taxi. Il était même chef d’entreprise, avant. Avant un grave accident qui lui avait broyé une jambe.
Différents spécialistes péruviens recommandaient l’amputation. Il a refusé. Il a vendu son entreprise, est parti aux Etats-Unis, a subit 6 opérations mais a gardé sa jambe.
Quand il est revenu, il n’avait plus rien. Il est donc devenu chauffeur de taxi. Et il l’est toujours.

Je me souviens qu’après nous avoir expliqué ça, il avait remonté la jambe de son pantalon pour nous montrer les cicatrices. Dur à voir. Elles étaient nombreuses et profondes. La douleur était toujours présente.
Mais comment oublier la fierté de son regard ? Contre l’avis de tous les spécialistes, il avait réussi à éviter l’amputation. Et c’est tout ce qui comptait. Plus que son entreprise, ses employés, la souffrance et les cicatrices.

C’est marrant, hein, comme une rencontre ou un regard peuvent nous changer…



En-guise-de-post-scriptum-récurent,-à-base-cette-fois-ci-de-Benoît-XVI-on-t’emmerde-et-que-oui-bon-c’est-sûr-qu’à-première-vue-
y’a-pas-de-rapport-mais-en-fait-il-se-pourrait-bien-que-si :

Pendant ce temps (le 14/05/07), au Brésil, sa Sainteté Benoît XVI, en visite officielle, déclarait, tranquille pépère : 

"L'annonce de Jésus et de son Evangile n'a comporté à aucun moment une aliénation des cultures précolombiennes et n'a pas imposé une culture étrangère […] le Christ était le sauveur auquel ils [les Amérindiens] aspiraient silencieusement […] l'utopie de redonner vie aux religions précolombiennes, en les séparant du Christ et de l'Eglise universelle, ne serait pas un progrès mais une régression".

Ce à quoi, avec tout le respect que je lui dois, je répondrai :
1/  Vieille merde ;
2/ Si tu veux, je te file mon exemplaire de la « Très brève relation de la destruction des Indes » de Bartholomée de las Casas, pour enrichir la collec’ de la bibliothèque du Vatican, juste pour qu’on reparle de « l’aspiration silencieuse des Amérindiens », de la non-aliénation et du reste ;
3/ Sale con.

Posté par el barbudo à 12:50 - Commentaires [5] - Permalien [#]


21-04-06
Beaucoup de questions et au moins autant de détails...

...En guise d'entracte (vu que ce texte n'est pas rattaché à "18 jours en 24 lignes") et même si, dans la logique chronologique des choses, ce texte aurait dû inaugurer mes chroniques péruviennes, puisque j'ai écrit ces 4 lignes et demies en découvrant Lima le jour de notre arrivée au Pérou...

Lima, le 1er août 2005.

Grosse journée.
Grosse fatigue.

Pas mal de questions terre à terre :
Faim ? Pas Faim ?
Envie de dormir ? Ou pas ?
Quelle heure il est ici ? Et là-bas ?

15 km de visite guidée depuis l'aéroport jusqu'à l'hôtel.

Pas mal de questions qui nous font rire dans le taxi-bus :
C'était pas un stop ?
Il avait la priorité ?
C'est pas limité à 20km/h ?
C'est possible de klaxonner autant en si peu de temps ?

Pas mal de questions qui me font réfléchir dans les quartiers "riches" :
Pourquoi y'a des barreaux à toutes les fenêtres ?
Pourquoi y'a du fil barbelé, du verre pilé et des pieux au dessus des murs d'enceintes ?
Pourquoi les clôtures sont électrifiées ?
Pourquoi y'a même des gardes devant certaines portes ?

Et puis l'hôtel.
Une question, qui prend le pas sur les autres, finalement :
Quand est-ce qu'on dort ?

Nuit agitée. Et courte.
Coucher à 23h30, lever à 03h00 heures locales.
Déjeuner rapide. Frugal.

Les mêmes 15 km dans le sens inverse pour prendre un vol interne, direction Cusco.
Les quartiers populaires, aux maisons délabrées, qui finissent par avoir le même charme que celles de La Havane.
Quand on n'y vit pas.
Enfin je crois.

Une question, dans la tête de chacun :
Alors c'est vrai... On l'a fait... On y est ?

Et puis des panneaux de circulations rigolos, des façades de toutes les couleurs, des taxis de toutes les tailles et dans tous les états, un amoureux transi qui a écrit "Lea te amo" sans grande recherche esthétique sur les murs d'un grand nombre de maisons des quartiers que nous traversons, l'océan Pacifique, que nous n'arrivons pas à voir à travers la nuit.

Et puis, enfin, tout le reste, que nous commençons à peine à deviner et que nous découvrirons tout au long de notre voyage.

Posté par el barbudo à 21:02 - Commentaires [3] - Permalien [#]
01-03-06
Premières visites...

...En guise de seconde-et-toujours-pas-du-tout-dernière partie du développement, dans laquelle on trouve, dans l'ordre décroissant, trois vengeances, deux erreurs et un sentiment confus d'avoir déjà "compris" pas mal de choses en une après-midi ; partie qui arrive à la bourre mais y'a du mieux...

Bon.
Alors bon.
Vous allez pouvoir constater que, chose rarissime, deux parties d'un de mes textes vont se suivre sans que vous ne soyez amenés à vous demander "Mais il est où le rapport, là ? Il commence son billet en parlant de ragondins musqués des marais poitevins et il embraye sur la consommation de quiche (ou "Ouiche" pour les connaisseurs) lorraine dans le Nord-Pas-de-Calais entre mai 78 et juillet 82... Il est complètement taré, ce mec !".
Eh ben là, non.
Il y a un mois et demi, je vous avais laissé sur la description de l'occidental pété de thunes (comparé à la majorité des péruviens) qui est venu passer 18 jours de ses vacances en Amérique Latine mais qui se rassure en se disant que bon. Vu comme c'était balèze, par exemple, de faire en 4 jours et demie ce que d'autres moins complexés font en 4h30 en train (Cuzco / Machu-Picchu), les porteurs ne risquent pas de nous avoir pris pour des conquistadors du futur ayant troqué leurs armes contre des appareils photos et la variole contre la tourista (heureusement on a été tranquille de ce côté là !).
Aujourd'hui, donc, pour rester sur le côté conquistador, je vous propose de passer à "Bénir ce syncrétisme qui a permis aux Quechuas de préserver une partie de leur culture pré-hispanique".

02 août 2005.
C'était notre premier vrai jour au Pérou (la veille on l'avait surtout passée dans l'avion).
L'après-midi était consacrée à la visite de Cuzco. Le lendemain, nous visiterions les alentours de l'ancienne capitale Inca avant de partir, à pied, pour notre premier treck vers Huchuy Qosqo puis Pisac.
Je crois qu'on a commencé par l'Eglise de la Companía, bâtie, selon la bonne vieille technique espagnole dite du : "je-rase-tous-les-temples-que-les-mecs-qu'on-est-en-train-de-massacrer-avaient-bâtis-pour-honorer-d'autres-dieux-que-le-nôtre-et-
je-construit-une-belle-église-ou-carrément-une-cathédrale-par-au-dessus-c'est-quand-même-plus-classe-et-plus-religieusement-correct" ; technique malheureusement trèèèès en vogue à l'époque et dans la région.
C'est déjà triste en soi, mais c'est d'autant plus dramatique que l'Eglise de la Companía et son couvent sont construits à l'emplacement même du centre religieux de l'empire Inca. Le site qui regroupait les temples de la Lune, du Soleil, ainsi que la maison de l'Inca...
Le centre de leur monde.

J'en profite pour régler la question des 2 erreurs annoncées plus haut.
Tout d'abord et contrairement à ce que tout le monde aurait tendance à penser et/ou à enseigner en cours d'Histoire, les Incas n'ont jamais considéré Cuzco comme le nombril DU monde, mais comme celui de LEUR monde. Ca change pas mal de choses.
Et puis, ensuite, on ne dit pas les Incas, comme certains le font depuis le début de leur chronique, mais les Quechuas (le peuple et, par extension la civilisation) et l'Inca (leur boss).
Bon.
Ca, c'est fait, retournons donc, si vous le voulez bien, à l'Eglise de la Companía et à son couvent.
Plus nous avancions dans la visite du site, plus nous éprouvions un mélange de rage, de tristesse et d'impuissance face à l'apparente et cruelle bêtise des espagnols.
Là, je dis "apparente" parce que bon. Effectivement, dans un sens, leur comportement peut s'expliquer. Sans se justifier, hein. On leur a toujours bourré le crâne avec leur Dieu unique et ils se pointent chez des mecs qui ne partagent pas exactement les mêmes croyances...
Alors qu'est-ce qu'ils font ? Ben ils tapent.
Et puis ils violent.
Et puis ils volent.

Parce que si l'Indien ne croit pas en Dieu, il a plein, mais alors plein d'or (pour honorer le Soleil), d'argent (pour la Lune) et de pierres précieuses (pour les deux et le reste). Et ça, ça fait plaisir.
C'est d'ailleurs pour cette raison qu'on traverse l'océan, qu'on se fait chier à parler la langue et qu'on fait une rapide prière après les avoir massacré, parce que, hein, on n'est pas des bêtes, quand même.
Et donc bon.
Cupidité et religion furent et resteront (à mon avis) les deux mamelles du bon envahisseur / conquérant qui se respecte.

Et quand les espagnols et les religieux s’installèrent à Cuzco, ils ont pillé puis rasé les sites sacrés Quechuas pour y bâtir les leurs bien à eux.
Et c’est vraiment triste.

Ne serait-ce qu’au plan architectural.
Car l’architecture Quechua (du moins ce qu’il en reste) était impressionnante. J’ai horreur des expressions toutes faites, mais je vais en utiliser une, là, parce que je ne trouve pas d’image plus parlante pour expliquer ça : Les murs étaient tellement bien construits qu’il est impossible de passer la lame d’un couteau entre deux des pierres qui le composent.
Or :
    - Elles sont assemblées sans mortier.
    - Les Quechuas ne connaissaient pas le métal.
    - Les murs étaient résistants aux séismes grâce à une inclinaison de 10°.
    - Certains blocs de pierre pesaient 15 tonnes, ce qui n’est pas si mal.

Rien que ça.

A tel point que lorsque les espagnols ont découvert les constructions Quechuas, ils se sont demandés, comment des animaux (c’était leur façon d’appeler les Indiens… Un genre de surnom qui fait plaisir) avaient pu faire ça.
Aujourd’hui, on cherche encore.

Ca ne les a pas empêché de tout détruire.

Comble de l’ironie, les actuels occupants des lieux ont récemment  eu une idée d’un cynisme fini :
Installer, un peu partout dans les « ruines » des temples (dans leur couvent actuel, donc) des objets religieux à la gloire de Jésus.
Histoire de se faire un peu de pub auprès des visiteurs qui étaient venus pour l’aspect précolombien du site.

On commençait à bouillonner intérieurement quand on a eu terminé la visite du site.
Et puis on est entré dans la cathédrale de Cuzco.

Fondamentalement et à première vue rien ne la différencie d’une autre. La déco change un peu de celle de Reims, mais le principe reste le même.
Sauf qu’après être passé devant un autel de 7 mètres de haut en argent massif, puis devant des crucifix, des candélabres et des statues en or (massif aussi tant qu’à faire), j’en suis arrivé à la conclusion que tous ces objets de culte avaient été fabriqués à partir des idoles quechuas qui furent volées et fondues.

Au cas où, j’ai demandé confirmation auprès de notre guide. C’était vrai.
Mon désespoir et mon énervement allaient croissant (ce qui me fait dire que le désespoir et l’énervement sont très caloriques), lorsqu’il nous a fait remarquer un paquet d’autres faits navrants comme il faut.
Par exemple.
En Espagne, à l’époque, St Jacques était représenté en Matamore. Il tuait (de l’espagnol « matar ») les Maures, qui avaient la désagréable habitude d’être d’obédience pas comme lui (Philippe, big-up, tout ça).
Pour la Cathédrale de Cuzco, les peintres espagnols ont adapté le concept aux couleurs locales et ce sont donc des Indiens qu’il transperce de sa lance. Rajoutez à ça que la cathédrale de Cuzco est elle aussi bâtie sur les ruines d’un temple (le plus grand de l’empire Inca) et vous comprendrez mon état d’esprit du moment.

J’avais envie de latter le premier espagnol venu avec 500 ans de retard pour lui apprendre un peu.

Bon.
En fait, c’est pas vraiment vrai.
J’avais pas envie de taper sur eux, mais j’avais les boules.

Quand soudain.
Bon.
A priori, quand une personne normalement constituée commence une phrase par « quand soudain », elle se sent ensuite investie d’une mission sacrée et la termine avec des mots à base de sujet, de verbe et de compléments. En tout cas c’est comme ça qu’il sied d’agir si l’on en croit Nadine de Rotshild et son « Guide des bonne manières ».
Mais je ne l’ai pas lu. Et comme je suis un cramé de la tête et que les phrases mort-nées ne me font pas peur, je mets un point après « soudain », histoire de ménager un peu le suspense.
Donc : Quand soudain.

Les yeux de Jimy (notre guide, avec un « m ») ont commencé à briller. Ou plutôt, ils se sont allumés et malgré notre présence dans une cathédrale, la lumière divine n’avait rien à y voir.
C’était de la fierté qu’on pouvait lire dans son regard.
Il nous a alors montré comment certains Quechuas avaient, à leur manière, « résisté » à l’envahisseur. En fait, j’ai peur d’avoir un peu surjoué l’histoire des 3 vengeances dans mon introduction. Vous allez voir, c’est plus de l’ordre du détail.
Mais j’adore les détails.

Donc.
D’abord, contrairement à ce que laissent penser les différents crucifix présents dans la cathédrale, Jésus n’est pas devenu hémophile (bien qu’il soit le fils du Seigneur – celle-là était tellement horrible que je n’ai pas résisté) en traversant l’Atlantique.
S’il est représenté partout couvert de larges plaies et maculé de sang, c’est parce que c’était une manière pour les Indiens de se venger sur lui des atrocités commises en son nom par les espagnols.

Ensuite, si Judas est parfois représenté aussi rouge écarlate qu’un truc rouge écarlate, c’est pas parce qu’il était en rade d’Ecran Total et que les autres apôtres ont refusé de lui en filer. Là encore, c’était une façon détournée pour les Quechuas de se « venger » des conquistadors.
Parce que quand ils ont commencé à escalader les Andes, les espagnols ont choppé des coups de soleil velus. Ce qui n’était évidemment pas le cas des Indiens.
Du coup, les Indiens ont représenté Judas complètement brûlé par le soleil, histoire de se foutre de la gueule des espagnols (qui arrivaient étonnement blancs et viraient au cramoisi comme par magie après quelques jours) en les associant à l’image du gros méchant dans la Bible.

Enfin, l’apparition de feuilles de coca derrière l’une des pierres de la cathédrale n’a jamais rien eu de miraculeux, n’en déplaise aux actuels propriétaires des lieux.
Les descendants des Quechuas ont simplement pris pour habitude, depuis la destruction du temple « initial » de déposer des feuilles de coca (très fréquemment utilisées en offrande aux dieux et plus particulièrement à la Pachamama) derrière la seule pierre qui subsiste de l’ancien temple à l’intérieur de la cathédrale.

Bon.
Vous voyez, c’est trois fois rien, hein.
Mais ça m’a fait plaisir de constater qu’à leur manière, les Quechuas avaient réussi à lutter et à préserver une certaine forme et une certaine partie de leur culture ; que la conquête espagnole n’avait finalement pas été totale.



Ps plein-de-bonne-volonté-mais-y'a-des-limites-quand-même :
Pour ne pas changer, je trouve ce texte très moyen.
Promis, la prochaine fois, j'essaierai ferai mieux.
Par contre ne comptez pas sur moi pour retourner voir Les Bronzés 3 et faire un nouveau billet dessus (mon dernier texte ayant été, contre toute attente, plutôt apprécié).
Je préfère retourner au Pérou !

Posté par el barbudo à 11:20 - Commentaires [6] - Permalien [#]
03-01-06
Souffrir, pour mériter d'être là...


En guise de première-et-pas-du-tout-dernière partie du développement qui arrive enfin, après tout ce temps et avant une hypothétique conclusion générale à ce joyeux bordel, dont l'auteur lui-même se demande si elle verra le jour avant 2015.

Bon.
Alors bon.
Ca fait maintenant 5 mois que j'aurais dû poster ce qui va suivre.
Je vais morceler un peu le truc, sinon je vais encore faire grimper le taux de suicide chez les lecteurs.
C'est pas pour ça que ça sera moins décousu de fil blanc que les autres fois, hein. Disons que pour éviter de répondre un truc du gabarit de "La longue, pénible et inutile histoire du petit livre orange qui m'a fait voir rouge" (dont les plus téméraires doivent garder un souvenir impérissable à base de cécité totale), je vais reprendre des passages du texte que j'avais posté fin octobre pour résumer le voyage que nous avons fait, mon frêre et moi en août dernier. Ca sera peut-être plus simple quand même.
N'empêche... Encore et toujours beaucoup de courage...

Je commence par le "Souffrir pour mériter d'être là"...
Là, déjà, une précision. A chaque fois que je dis ça, j'ai peur que les gens voient en moi un mec qui se la joue warrior parce qu'il a crapahuté dans la pampa 10 minutes à plus de 120 mètres d'altitude. Au contraire. C'était plutôt le mec pathétique qui avait du mal à profiter du paysage parce qu'il était concentré sur ses pieds alors que les autres (pour la plupart), eux, pas du tout.
Parce que vu ma forme physique et mon entraînement, ce que j'ai eu tant de difficultés à faire certains jours, n'importe quel enfant de 2 ans équipé de bonnes chaussures de marche le faisait les doigts dans le nez, s'il ne les occupait pas bêtement à étaler de la pâte à modeler orange sur la moquette noire du salon que bon, pour récupérer ça merci bien.

Je dois donc avouer que j'en ai particulièrement et minablement chié pendant les 7 jours de treck du séjour. Jusqu'à perdre 8 kilos (que je me suis bien évidemment empressé de reprendre depuis). Sur le coup, j'ai pas voulu mourir, malgré certains grands moments de solitudes (les deux jours où nous avons dépassé les 4300 mètres d'altitudes, ceux-là, croyez moi, je ne suis pas prêt de les oublier).
Pourtant, aujourd'hui que je suis retourné à mon petit confort, que mon principal effort de la journée consiste, en revenant de l'ANPE, à aller chercher le pain pour le joli sourire de ma jolie boulangère (et aussi parce que le pain qu'ils font en bas de chez moi est sans conteste le meilleur du monde sur Paris), aujourd'hui que tout est terminé, je dois dire que j'ai bien l'impression d'avoir vécu.
Un truc pas ordinaire. De ces moments qui font qu'au bout du compte vous avez existé un peu dans votre vie.
Et je me dis que j'ai mérité de (les) vivre précisément parce que j'en ai chié.

Sinon, j'aurais juste participé à un voyage touristique (au sens péjoratif que peut avoir le terme). C'est d'ailleurs ce qui m'a permis de me débarrasser de la peur que j'avais de passer pour un gros occidental pété de thunes (comparé à la population locale) comme il y en a tant là-bas.
Là, au moins, je n'ai pas fait que filer un paquet de fric à une agence de voyage spécialisée.

Attention, hein !
Je ne me fais pas d'illusions non plus. Je reste quand même un occidental pété de thunes (comparé à la majorité des péruviens) qui est venu passer 18 jours de ses vacances en Amérique Latine.
Même si j'y ai laissé 8 kilos, 72 litres du sueur, qu'on considérait les porteurs qui nous accompagnaient comme des êtres humains (ce qui n'était pas forcément le cas d'autres groupes) et que j'ai choisi le Pérou après avoir lu un certain nombre de bouquins sur l'histoire Latino Américaine et non sur un coup de tête, pour pouvoir dire "J'ai fait le Pérou", après avoir feuilleté un catalogue rempli de belles photos.
Les photos, je les avais dans la tête avant de partir. Et les autres membres du groupe aussi.
Enfin tout ça pour dire que ça n'aurait pas été aussi éprouvant, j'aurais eu des remords, je crois à y aller. J'aurai eu trop peur qu'on me prenne pour un conquistador des temps modernes...
Et ça, plutôt crever !

Bon.
Ca, c'est fait.
C'était donc la première partie trop longue de mon récit... J'espère que vous n'êtes pas tous morts...
Je ne vais pas vous promettre que la prochaine va suivre rapidement ; la dernière fois que j'ai dit ça, il m'a fallut 5 mois pour poster 30 lignes !

Post-Scriptum en forme de page de publicité (pour Quentin) :
Voici deux adresses :
La première (ici) c'est le site sur lequel vous trouverez les photos du voyage de Quentin au Burkina.
Et la deuxième (ici) c'est la déclinaison pour le Pérou !
Vous y trouverez environ 260 photos sur les 700 que nous avons prises...
Pour ceux qui ne me connaissent pas encore de vue (mais ça ne va pas tarder) et particulièrement Tchim et Mitnick, dès que vous voyez un mec brun, barbu, capilairement contestable et qui a soit l'air d'en chier soit une tête qui fait peur sur la photo, eh ben c'est moi ! Tadaaa !


Posté par el barbudo à 18:08 - Commentaires [18] - Permalien [#]
26-10-05
18 jours en 24 lignes...

Bon.
Alors bon.

Comme quoi tout arrive.
En guise de deuxième introduction (plus courte, heureusement) à un futur compte-rendu de mon voyage au Pérou...
C'est une sorte de résumé, pas forcément exhaustif de ces 18 jours.
A dire vrai, plus je le relis, plus je trouve ça mauvais. Mais bon. Ca a au moins le mérite d'exister alors...

Avoir la tête dans les nuages,
  Garder les pieds sur terre,
    Eviter de tomber pour arriver au bout du voyage.

Chercher désespérement à respirer à partir de 4000m d'altitude,
  Dépasser à chaque pas les limites que l'on croyait siennes,
    Souffrir, pour mériter d'être là.

Etre impressionné par les porteurs, leur courage, leur abnégation,
  Les admirer lorsqu'ils portent un homme sur un brancard, 6 heures durant, sur un chemin qui n'en est plus un tant il est escarpé,
    Les remercier du fond du coeur, d'abord, et en dollars, ensuite, malgré nos grands principes.

Assister à la naissance des étoiles,
  Découvrir de nouvelles constellations,
    Apprendre à reconnaître la Croix du Sud.

S'allonger au pied des ruines de Huchuy Qosqo
  Compter les éclairs qui déchirent la nuit, au loin,
    Parler, de tout et de rien.

Trouver, immanquablement, des effigies du Che,
  Se remémorer son parcours,
    Marcher dans ses pas.

Baigner dans 2000 ans d'Histoire,
  Explorer les ruines d'une civilisation,
    Bénir ce syncrétisme qui a permis aux Quechuas de préserver une partie de leur culture pré-hispanique.

Se demander pourquoi tous les pays Latino-Américains ont souffert et souffrent des mêmes maux, des mêmes déchirements,
  Se demander quel âge avait cette toute petite fille qui mendiait près de l'Aéroport International de Lima,
    Se demander si les choses changeront un jour, pour de bon.

Posté par el barbudo à 15:27 - Commentaires [8] - Permalien [#]
« Accueil  1